vendredi 25 avril 2014

Poème sur l'Allée des brouillards

Ce poème m'a été inspiré par la chanson "Allée des Brouillards"
que je suis en train d'apprendre et de répéter, afin de l'intégrer 
au prochain tour de chant. Les paroles sont de Claude Nougaro
et la musique, magnifique thème, nous la devons à Richard Galliano.
Depuis le départ, cette chanson m'intriguait et si j'ai su en saisir
assez vite la ligne mélodique, la teneur du propos me posait souci.
En lisant le livre de Laurent Balandras "Claude Nougaro, l'intégrale
L'histoire de ses chansons", j'ai appris qu'elle avait été d'abord écrite
pour Diane Dufresne (qui a refusé de l'interpréter) puis modifiée par
Claude Nougaro pour l'interpréter lui-même. Cet éclairage m'a été
précieux à plus d'un titre pour me l'approprier. Qu'il en soit remercié
par ce texte dédié à cette chanson si belle, et si étrange à la fois.
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Tu es venue vers moi 
Toute vêtue de sombre
Ton pas clochait bien lourd 
Ta morne silhouette 
Sortait de nulle part 
Et j'ai suivi ton ombre 
Découpée sur le mur
Dans une allée muette 
Et tu semblais alors 
Tourner la manivelle
D'un vieil orgue barbare 
Aux rêves perforés
Ainsi s'amoncelait 
La triste ribambelle 
De ton présent vaincu 
Par de futurs regrets 
Penser creuse parfois 
La tombe à nos mesures
Sans doute a-t-on besoin
De ce chagrin promis 
Pour absoudre le temps 
De sa lente morsure 
Paraphe de l'exil 
Sur un serment maudit
Heureusement ce mur 
Ne faisait pas son âge 
Soudain l'ombre de neige 
S'est endiablée de feu 
Laissant courir les ans
Vers leurs cruels ravages
Et les promesses froides 
Se divertir un peu.

Aldo Campo ©

mardi 22 avril 2014

Journal de résidence

Comment sauter du toc à l'âme ?
 
Jongleur de mots qui brillent
Dans la fosse aux humains
La vie t'a accueilli comme un
Chien dans un jeu quilles
Que peut-on faire de sa peau
Quand, du rire au sanglot
Le seul cri qui vaille
Répond à l'écho
Du tréfonds des entrailles ?
Peut-on s'incarner héros quand
Chaque soir, dans chaque ville
Son Papa d'opéra meurt
Sous les hourras 

Du public en délire ?
Peut-on se griser
Des noires et des blanches
Au sourire d'un piano
Qui relève ses manches
Pour que les mains de Maman
Araignées magiques
Tricotent à la baguette
Des gilets de musique ?
Peut-on, à l'aurore espérer
Devenir un mythe
Sur les bancs d'une école
Qui épingle au tableau
Ses papillons d'ennui
Les rêves qu'on délite
Sous le joug du devoir ?

Brrrr
Il ne fait pas bien show
L'encore a ses limites...
Ô qu'il est haut le podium des hommes
Et dans les écrins sertis d'impossible
Combien de médailles dorment
Aux jeux d'eaux limpides ?
Qu'il est usant de promener
L'amour en liesse

Sous un quartier de lune
Pour sa moitié d'orange
D'étendre ses baisers
Sous un lavoir de messes
Sur le fil d'un rasoir
Où se pendent les anges
L'encre et la muraille
Se cherchent des noises
Réunies par la Chine
Divisées par le reste
Voici la poésie
Toute en ombre narquoise
Qui dit que la lumière
N'est qu'une nuit qui peste.

Aldo Campo ©

samedi 12 avril 2014

Nougaro émoi !

Dans le jargon, on appelle ça entrer en résidence. Le terme m'a toujours fait sourire. La première fois que j'ai entendu ça, j'imaginais une maison de repos, ou de convalescence, avec du personnel en blouse blanche, et même si on est en proie à l'anxiété avant un spectacle, je me disais : « Merde, c'est quoi ce bintz, on n'est pas nase à ce point quand même ! » Bien sûr que non, c'est juste un moment privilégié où l'on met la touche finale au spectacle, où l'on fixe le cap en s'élançant vers les premiers filages. Sous des regards extérieurs mais néanmoins bienveillants, on entre dans une phase de concrétisation censée dissiper les doutes, affirmer ses choix, tracer sa feuille de route, et si tout se passe bien, on en sort grandi au moins d'une représentation générale.


L'heure est donc aux préparatifs, aux chemises garnies de textes, aux carnets vierges, aux fagots de stylos, le micro, sa housse, sa pince, son pied, le pupitre, la table de mix, le MD, les supports, les câbles enroulés comme des serpents tapis dans l'ombre du mur du son, les fringues familières, celles qui collent à la peau easy, dans lesquelles on s'aime à la volée, pour que vibre, bouge, transpire, perce le germe des mots dans le microsillon du chant, le tout réparti dans un vieux cartable, un grand sac, des trousses... un inventaire à faire et à refaire jusqu'au top départ pour une transartistique de dix jours en solitaire... enfin presque, avec à bord, dans la brume des coursives, le fantôme rieur d'un messager clandestin : Claude Nougaro. 


Viens, donne-moi l'amen camarade
Toi qui dors au pays où les hommes
Sont baux non renouvelables
Sur les berges du temps
Face aux vagues scélérates
Dans la cuisine des jupes en l'air
L’œil frisant de crêpe dentelle
Aux aguets d'un frisson de chair
On va porter le toast à la russe
Aux douces mains des poupées
Qui pétrissent en azur
Les croissants de lune
Dans la farine des cirrostratus 
Sabrer le champagne céleste
D'un pur éclat de rire
Ruisselants de bulles
Dans le toril surchauffé
D'une arène de cristal
On va croiser le flair
Avec la muse gitane
Qui joue avec l'ennui
Et jongle avec le reste
Fuser comme des geysers
Sous une pluie de banderilles
Qui redonnent la vie
Sous des éclairs en salves
Qui nous regonflent d'art
En nous flattant la valve
On va mourir en corps
A la croisée des sens
Dans un embrasement
Crépitant de possible
On va faire sang blanc
Pour renaître sans cible
Sous le tamis du ciel
Agité par un rustre
On va pendre les étoiles
Et sous ce joli lustre
Redessiner le monde
Que la haine divise
Pour que l'amour l'inonde
Que l'amitié l'irise
Et puis dans la clameur
De la joie partagée
Dans cet instant intime
On va se réchauffer
A l'orée olé de rimes.

Aldo Campo © avril 2014

samedi 18 janvier 2014

Quand brûle la nuit

Pour la douceur d'un visage 
Le secret d'un regard 
Le soupçon d'un mirage 
Dans l'écluse du soir 
Pour la chaleur d'un sourire 
Le sillon d'un baiser 
Le parfum d'un désir 
Sur l'épaule dénudée 
Pour le clair d'une peau 
Le courant d'une idée 
L'herbe folle du ruisseau 
Sous l'étoile qui renaît 
Pour les bulles d'un cœur 
Le geyser de la sève 
L'éclosion des saveurs 
Dans le cocon d'un rêve 
Pour l'étreinte fiévreuse 
Le murmure d'un sanglot 
La sentence poreuse 
Du silence des mots 
Pour le lointain d'un amour 
Le calque d'être ensemble 
Le songe qui se fait jour 
Sous la terre qui tremble 
Pour la grâce d'une empreinte 
La réponse d'un présage 
L'emprise d'une crainte 
Sur le miel d'un rivage 
Pour l'éternelle errance 
L'envol des libellules 
Sous l'encre de l'absence
J'écris la nuit qui brûle.
Aldo Campo ©

vendredi 10 janvier 2014

Pub


Ce soir-là
je n’avais pas plus faim que soif
d’aventures tumultueuses
je matais la télévision. Point !

 

D’une pub inconnue
jaillit de l’écran bleu
une créature pulpeuse
Joli petit fruit défendu
 

Elle me toisa d’un air tranquille
vint s’asseoir sur mes genoux
en suivant sérieusement la pub
sans même boire un coup
 

Pour voir si je ne rêvais pas
je la pris par la taille... elle ne disait rien.
Au bout de son nez, me sembla-t-il
Virevoltait un arlequin
 

Quand de la pub ce fut la fin
elle repartit vers l’écran plat
s’y engouffra comme un lutine
et conclut par ces mots-là :
 

« M'en voulez pas, je voulais juste voir
Ce que donnait la pub sans que j’y sois ! »
 

Puis elle laissa la place à un slogan absurde
qui vantait mon émoi !
 

Aldo Campo ©

lundi 16 décembre 2013

Promesse

Sous ta veste grise, une large chemise, 
boutons retournés
dans la ville éteinte, des portes d’enceinte 
grandioses et bleutées
le vent des boulevards dissipe les brouillards 
de ta destinée
assis sur un banc, à quatre vingt ans, 
minuit va sonner.

Tu parles et tu penses, tu songes en enfance, 
au lointain passé
la voix de ta mère et cette prière 
qu’elle t’apprenait
l’odeur de sa peau quand dans ses bras chauds, 
souvent tu dormais
le goût du quatre heures, le pain et le beurre 
et le lait sucré.

Et de cette guerre dont tu n’as vu guère 
que l’autre côté
la berge infidèle d’où ton paternel
jamais n’est rentré
les parfums d’usine où ta concubine 
déjà t’attendait
à seize ans à peine, se dire que l’on s’aime
pour l’éternité.
Cette femme douce, sous les feuilles douces 
d’un arbre esseulé
la main dans la main, dans les années vingt, 
tu l’as épousée
un bouquet de fleurs cueillies dans ton cœur, 
sur elle est posée
perpendiculaire au blanc cimetière 
où tu viens rêver.

De cette maison où les portes sont 
fermées à la vie
tu regardes au mur l’aiguille qui dure, 
qui tourne et qui luit
les heures qui passent lentement t’effacent 
de ce parchemin
les veines saillantes de tes mains tremblantes 
montrent le chemin.

Cette nuit sera belle, tu t’es fait la belle 
comme un prisonnier
pas pour Singapour ni même pour l’amour,
juste contempler
ce monde vivant où l’on est un grand
pour un temps donné
ce monde qui trompe quand la vie s’estompe
ne revient jamais.

Dans cette nuit noire, j’écoute ton histoire
et je l’écrirai
comme tu me l’as dit, des rimes jolies 
qui doivent sonner
avec à la fin, tout, sauf un point... 
juste suggéré
l’éclair du poème, le blanc qui enchaîne
sur l’encre caillée

Aldo Campo ©

vendredi 29 novembre 2013

Comm'il m'les brise !


J'habite seul avec Bertrand
Ivanhoé pour les enfants 
Et ça le flatte 
J'ne manque jamais de compagnie 
J'vais à la plage en plein Paris 
Et j'trouve ça bath 
Pour laisser mon Bertrand bronzer 
Je fais les courses sans me presser 
J'pense à sa mine 
Je vais, je viens dans les rayons 
Je lui achète deux, trois caleçons 
Couleur glycine
 
Puis après je regarde l'heure 
Si j'ai pas oublié le beurre 
Ses céréales 
Et une fois la caisse passée 
J'm'arrête au kiosque d'à côté 
Prendre le journal 
J'ai un rituel bien rodé 
Les sudoku, les mots fléchés 
Et je me frise 
Car j'veux finir intelligent 
Pour épater mon grand Bertrand 
Je suis accroc, oh ! 
Comm' il m'les brise !!!
 
Vers les douze heures du matin 
Sur mon vélib à fond de train 
J'fais la danseuse 
Pour ne pas être en retard 
Je file le bus dans son couloir 
Je suis farceuse 
Je lui prépare un œuf cocotte 
Avant de râper des carottes 
Il les adore 
Avec un p'tit jus d'citron 
Un doigt d'anis dans l'potiron 
Il m'les dévore
 
Ses amis ne me font pas peur 
Quand ils viennent faire quatre heures 
Dans la cuisine 
Sauf peut-être une évidemment 
Qui est charmeuse d'éléphant 
C'est la Martine 
Quand vient l'heure de se dire bonsoir 
Je me maquille dans le miroir 
Je m'organise 
Pour être la plus belle qui 
Lui f'ra oublier la Mairie 
Je suis accroc, oh !
Comm' il m'les brise !!!

Aldo Campo



mercredi 27 novembre 2013

A bout néant


 Aimer à bout portant, c’est fuir à bout-néant
Jusqu’au bout de sa fièvre
Se dire seulement qu’ la tortue, c’est le temps
Et semer quelques lièvres
Aimer à bras-le-corps à faire danser les morts
Sur des quais de cristal
Où le soleil s’endort strié de pavés d’or
D'un rêve minéral

Aimer à bout de nerf, le fulgurant éclair
De ton cœur sur la route
Qui feindrait d’avoir l’air clôturé les enchères
De mille années de doute
Le déposer sans peur dans toute sa langueur
Sur ma harpe vocale
La voir avec stupeur remodeler chaque heure
En secondes vitales

Aimer à bout-passion l’aquarelle d’un balcon
Où danse une fontaine
S’y pendre moribond, rejaillir papillon
Re-séduire la reine
Puis décrocher d'une aile tous les vastes archipels
Où le désir s’éveille
Chavirer vent debout, succomber à genoux
Jusqu’au climax vermeil

Aimer à défrayer la chronique pincée
D’un amour de prudence
Qui dirait : « Ne soyez que soyeux, essayez
l’indolente présence ! »
Cet amour-là mon vieux, garde-le pour tous ceux
Qui vivent dans la crainte
Mon amour je le veux insolent et radieux
Comme un verre d’absinthe

Pour s’envoyer en l’air en brisant le shaker
Et brouiller chaque piste
Du quotidien mort-né... cet amour, je le sais

Est un fin duelliste.

Aldo Campo ©

lundi 25 novembre 2013

Feu l'amour

Du feu, j’ai sauvé cette page
Bah ! Que n’aurais-je mieux fait
D’y blanchir mon cœur volage
Au lieu de mon encre y poser
N’ayant rien d’un enfant sage
Pas plus de mensonges avoués
Que de vérités de passage
Juste une plume désenchantée...

Feu l’amour ! Feu l'amour !

Du feu, j’ai sauvé cette page
Aucune flamme ne voulait
Te priver de son message
Ainsi t’est-il restitué.
Avec le diable je partage
Ce bon goût immodéré
Pour la flamme amourophage
Sur la braise des regrets...

Aldo Campo ©

samedi 23 novembre 2013

Lettre au Père Noël

 
Cher Père Noël,

Cette année, si tu savais, tout a tellement changé pour moi. De mes jouets de l'année dernière, il ne me reste plus que les emballages. Je les ai pris pour ranger mes vêtements quand je suis parti vivre dans ma nouvelle maison. Je croyais que tu habitais dans le ciel, mais je suis sûr que tu vis en Chine parce que c'était écrit sur tous cartons.

Moi, maintenant je suis seul. Enfin quand je dis seul, je veux dire sans mes parents, ma petite sœur et Tagada, mon petit chien chéri. Parce que sinon, ici on est beaucoup sous le même toit. Je dis pas que c'est que de ta faute, mais tout ça, c'est arrivé après ta visite.

Je t'avais commandé un flipper électronique qui n'était pas facile à monter. Papa m'a aidé. La peluche de ma petite sœur qui devait parler ne disait rien. Alors maman l'a aidée aussi. Maman avait commandé un grand peignoir de bain à fleurs, et là par contre, il était très beau. Papa semblait aussi très content de sa visseuse. Tu l'avais gâté. Le manteau chauffant de Tagada lui donnait un air de chien de l'espace et il remuait la queue de bonheur.

Le soir de Noël, il neigeait dans les fenêtres et c'était très beau de voir les cadeaux autour du sapin. Après manger, nous nous sommes jetés dessus. Seulement voilà : pour installer mon flipper, papa a voulu se servir de sa visseuse. Quand il a branché, on a entendu une explosion qui a éclairé toute la pièce et on s'est retrouvé dans le noir. Maman a fini par trouver des bougies. Ma petite sœur avait eu tellement peur qu'elle avait mordu plusieurs fois sa peluche.

A l'autopsie, les médecins ont trouvé du poison dans son sang. Elle est morte à l'hôpital, comme Papa. Le temps que ma mère appelle les secours, elle avait oublié de débrancher le manteau chauffant de Tagada. Il a grillé comme un poulet à cause du thermostat qui n'avait pas de sécurité, paraît-il. Dans sa peur, maman n'a pas vu la bougie posée sur la tablette du couloir, et quand elle est passée, son peignoir a pris feu tellement vite qu'elle n'a eu le temps que de mourir elle aussi. Ils disent que c'est à cause des teintures que vous utilisez en Chine qui sont pires que l'essence.

J'ai beaucoup pleuré quand les pompiers ont emporté les corps de ma famille. Tagada était devenu pas plus gros qu'un moineau. Et quelques jours après, des grandes personnes ont récupéré mes affaires. Depuis, j'habite cette grande maison, d'où je t'écris cette lettre. Alors tu vois, j'espère que tu ne passeras pas cette année. Je veux pas que mes nouveaux copains finissent comme les nuggets du réfectoire, quand ils arrivent tout cramés dans l'assiette. 
 
Et puis maintenant, tu sais, quand Noël arrive, je suis triste. On est nombreux dans ce cas chez nous. Je me dis que quand je serai grand, je prendrai ta place, parce que t'es certainement trop vieux pour ne plus voir tous les malheurs que tu causes. Et tous les cadeaux que j'apporterai aux gens et aux enfants, ce sera pour leur faire que plaisir. Tout marchera bien, y'aura pas de poison. Nulle part. Et grâce à moi, il seront encore tous ensemble. Heureux.

Ciao !